Le site de démonstration Ghardaïa - diagnostic Nexus

Le site de démonstration Ghardaïa - diagnostic Nexus

La première étape pour chaque terrain est d’établir une base analytique initiale pour une compréhension intégrée et partagée avec les acteurs du territoire des interactions, des synergies et des compromis entre les quatre composantes eau, environnement, énergie agriculture et alimentation, ainsi que des contraintes et des opportunités sur les différents sites.

La zone d’étude et ses ressources

La province de Ghardaïa est située dans la partie nord du Sahara algérien, à environ 600 km au sud de la capitale, Alger. D’une superficie de 26 165 km², elle est divisée en 10 communes regroupées en 8 sous-districts ou daïras. En 2023, la population est estimée à 466 361 habitants, avec une densité moyenne de population plus faible dans les communes rurales du sud.

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Localisation du site de démonstration @ MORFeuS-CREAD

L’eau, une ressource critique 

La province de Ghardaïa se caractérise par un climat aride dû à des précipitations extrêmement faibles et une forte intensité des processus d'évaporation provoquée par des températures élevées. Le déficit en eau devient plus prononcé pendant la période de mai à août, atteignant près de 300 mm en juillet.

Les ressources en eau de la région sont essentiellement constituées par les eaux souterraines, prélevées dans des aquifères peu profonds et de plus en plus dans l’aquifère du Continental Intercalaire, dont l'eau présente une qualité variable, mauvaise dans le nord-est, de mauvaise à acceptable au centre, et de bonne à excellente au sud (Benguelia & HadjBrahim, 2018). Les eaux superficielles proviennent de pluies locales limitées et des crues des wadis, principalement générées par des averses sur les pentes sud de l'Atlas saharien.

Le taux de raccordement au tout-à-l’égout dans la province de Ghardaïa est estimé à 85%. Les eaux usées sont collectées et traitées par trois stations d'épuration, puis déversées dans les oueds en aval, conduisant à la création de zones humides artificielles et à la recharge indirecte des aquifères ; mais elles présentent des risques de contamination microbiologique, de métaux lourds et de polluants émergents (Bekaddour, 2024). Dans les zones non raccordées, les eaux usées sont déversées directement dans l’environnement naturel ou évacuées par des fosses septiques, en particulier dans les oasis. Cette pratique représente la principale cause de pollution des eaux souterraines, ayant conduit à la contamination complète de certaines sources d’eau potable, devenues impropres à la consommation humaine (ibid).

L’énergie : une dépendance au gaz

Le réseau national de production d'électricité est en grande partie alimenté par des centrales thermiques à gaz. Les initiatives visant à introduire les énergies renouvelables restent limitées en raison du coût élevé des équipements solaires et de l'absence de mesures incitatives.

L’agriculture et l’alimentation : une structuration autour des oasis

La superficie agricole couvre 27,7 % de la surface de la province de Ghardaïa mais 3,5 % seulement sont des terres arables irriguées. La superficie restante se compose principalement de vastes étendues de parcours sahariens. Dans le cadre du programme d'aménagement des terres, la Direction des Services Agricoles prévoit d'étendre la surface des terres irriguées aux dépends des parcours sahariens dont les caractéristiques sont peu propices à l’agriculture.

Les programmes de développement agricole initiés par l'État ont favorisé une dynamique de diversification et d'intensification de la production agricole dans la région (Bensalah et al., 2017). Les productions végétales sont, par ordre d'importance en termes de superficie cultivée et de rendement, l’arboriculture fruitière (avec le palmier dattier comme culture principale, suivi par l'olivier, les agrumes, les grenadiers, les figuiers et la vigne), les cultures maraîchères, les cultures fourragères (y compris le maïs ensilage) et les céréales (principalement le blé dur). Les productions animales sont, par ordre d'importance selon la taille du troupeau et la production, les moutons et les chèvres, les chameaux, les bovins. Grâce aux programmes d’aménagement foncier et aux politiques de soutien à l’agriculture, le secteur des bovins laitiers s’est considérablement développé, faisant de Ghardaïa une zone de production de lait excédentaire.

En 2018, l'industrie agroalimentaire de Ghardaïa comprenait 33 unités privées : 2 usines d'eau minérale, 2 usines de boissons gazeuses, 3 unités de semoule, farine et pâtes, 11 unités laitières et de yaourts, 5 unités de conditionnement de dattes, 2 biscuiteries, 6 usines d'aliments pour animaux et 2 huileries d'olive, employant un total de 285 personnes (Massire, 2020). Selon la Direction des Services Agricoles de la province (DSA, 2023), de nouvelles installations ont renforcé les capacités locales de transformation et de stockage frigorifique : 3 moulins à huile d'olive, 8 mini-laiteries et 2 entrepôts frigorifiques. La province de Ghardaïa possède un marché de gros, 11 marchés de détail et 10 marchés couverts, principalement dédiés à la commercialisation de fruits et légumes. En plus de ces structures, il existe de nombreux points de vente au détail spécialisés dans les fruits et légumes.

Malgré la diversité et la richesse de son agriculture et de son patrimoine alimentaire, le programme de labellisation des produits du terroir n'a guère progressé, à la fois par manque de volonté et d'engagement des organisations de producteurs et par absence d'un cadre institutionnel structuré et basé sur des incitations.

Houichiti et al. (2016) ont identifié quatre types de systèmes agraires :

- les anciennes oasis représentent 8 % de la SAU. La propriété foncière est privée, et l’aménagement des terres repose sur la communauté. Les exploitations sont très petites (moins d’un hectare), peu équipées (puits traditionnels individuels ou collectifs équipés de pompes électriques ayant remplacé la traction animale) ; elles reposent sur un système de production stratifié à trois niveaux (palmier-dattier, arboriculture fruitière et cultures annuelles), principalement orienté vers l’agriculture de subsistance, et indissociable de la gestion de l’eau, qui était historiquement organisée de manière collective. Ces oasis centenaires font aujourd’hui face à de multiples contraintes entraînant une tendance à l’abandon, en particulier l’accroissement de la fragmentation des terres en lien avec l’expansion urbaine et le développement du tourisme et pollution, notamment par les eaux usées. La population y est majoritairement urbanisée et tire principalement ses revenus d’activités non agricoles (commerce, services, ...).

  • Les nouvelles oasis, qui représentent au maximum 3 % de la SAU. Elles ont été créées à partir des années 1960 grâce à des programmes de mise en valeur des terres dirigés par l'État. Les systèmes de production sont basés sur les palmiers-dattiers associés soit à l'élevage, soit à des cultures fourragères ou des arbres fruitiers. Ces nouvelles oasis rencontrent des défis liés à la gestion collective et à l'insécurité du statut foncier, entraînant une stagnation. La population y est rurale et multi-active, engagée à la fois dans des activités agricoles et non agricoles.
  • Les exploitations péri-oasis, créées à partir des années 1980 par des initiatives privées dans le cadre du régime foncier de l’APFA (loi sur l’accès à la propriété foncière agricole par la mise en valeur), représentant 33% de la SAU. De 1 à 3 hectares, elles s’appuient sur des systèmes de production relativement diversifiés et intensifs, basés soit sur des cultures maraîchères, soit sur l’élevage intégré avec des cultures fourragères et des palmiers dattiers. Les principales contraintes sont la rareté de l’eau et les problèmes de santé végétale et/ou animale.
  • Les exploitations extra-oasis représentent 56 % de la SAU. Elles ont également été créées grâce à des initiatives privées dans le cadre du dispositif APFA ou dans le cadre du programme de concession agricole. Couvrant de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d'hectares, elles sont bien équipées. Les systèmes de production sont diversifiés et intensifs, basés sur des combinaisons telles que palmier-dattier, arbres fruitiers, cultures fourragères et élevage. Ces exploitations font face à des défis majeurs tels que le manque de main-d'œuvre, de pièces détachées et de soutien technique. Les agriculteurs sont souvent natifs de l'extérieur de la province.

Le reste de l'espace agricole se compose principalement de parcours sahariens utilisés par des éleveurs nomades pratiquant l'élevage transhumant de chameaux ou de moutons.

La province est passée en l’espace de quelques décennies d'un modèle communautaire (palmeraies traditionnelles) à un modèle d’agriculture intensive permis par la mise en œuvre de périmètres irrigués modernes. Cette dynamique s’accompagne d’un désintérêt de la population locale pour l’agriculture et d’un recours à une main-d'œuvre agricole étrangère (migrants originaires du Sahel, notamment du Mali et du Niger), et de travailleurs du nord de l’Algérie attirés par l’expansion de l’agriculture irriguée. 

L’irrigation 

Les communautés oasiennes ont développé depuis des siècles des systèmes hydro-agricoles sophistiqués pour récolter l’eau de pluie, la distribuer, recharger les aquifères en vue de l’alimentation en eau potable, de l’irrigation et de l’abreuvement du bétail. Ce patrimoine hydraulique ancestral, traditionnellement géré par des institutions communautaires, est affaibli par l'érosion des droits coutumiers sur l'eau, aggravée par l'urbanisation, la surexploitation des aquifères superficiels et la découverte de ressources en eau plus profondes. Depuis les années 1980, la motorisation et la mise en valeur des terres agricoles ont profondément transformé l'accès à l'eau. Dans les périmètres nouvellement mis en valeur, les forages individuels se sont multipliés, souvent sans coordination, entraînant une baisse rapide du niveau des nappes phréatiques (Massire, 2020). Il n'existe aucun contrôle efficace ni aucune restriction imposée au captage des eaux souterraines, ce qui entraîne une prolifération des puits, une surexploitation accélérée des aquifères et une concurrence accrue entre les utilisateurs. Aujourd’hui, on compte 262 forages motorisés gérés individuellement dans le cas des grandes exploitations privées, ou collectivement à travers des associations d’irrigants dans des projets de développement agricole créés par l’État. Les agriculteurs exploitent également des puits peu profonds pour des usages mixtes et/ou des puits filtrants captant des aquifères intermédiaires. Des pratiques d'irrigation informelles par pompage des eaux issues des stations d’épuration, en particulier pendant les mois d'été, sont observées parmi les agriculteurs en aval de ces dernières (Bekaddour, 2024).

Des écosystèmes fragiles et à protéger

Plusieurs zones de la région sont exposées à des risques environnementaux et anthropiques :

  • les oasis traditionnelles, sous la pression croissante de l'urbanisation et du tourisme, qui perturbe leur équilibre écologique à travers la fragmentation des palmeraies et la transformation du modèle d'habitat des ksour, et entraîne une perte de biodiversité végétale et la dégradation du patrimoine hydro-agricole ;
  • les nouvelles zones agricoles, menacées par les risques d’avancée des sables et d’érosion éolienne, de salinisation des sols due à l’irrigation avec de l’eau minéralisée combinée à des taux d’évaporation élevés ;
  • les pâturages sahariens, subissant une dégradation de la biodiversité en raison du surpâturage et des changements d'utilisation des terres liés à l'expansion de l'agriculture irriguée ;
  • e patrimoine forestier de la région, composé principalement de pistachiers de l'Atlas (espèce rare), exposé notamment à la pression anthropique (surpâturage, exploitation de bois, incendies, cueillette anarchique)

La faune et la flore sauvages sont menacées par des pratiques irrégulières de chasse et de cueillette.

A noter que les industries, et en particulier le secteur de l'extraction des hydrocarbures, sont de grands consommateurs d'eau qui ne disposent pas d'infrastructures dédiées au traitement des eaux usées avant leur rejet dans le réseau d'assainissement collectif. 

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Représentation spatiale des défis du DS Ghardaia © MORFeuS-CREAD

Les principales menaces pesant sur le territoire

Les principaux défis sont aujourd’hui la modernisation des systèmes de production, la santé animale/végétale (Boukraa et al., 2013 ; Beladis et al., 2016 ; Zergate, 2019), les besoins croissants en eau et en énergie (particulièrement pour l'irrigation), le renforcement des infrastructures de stockage (silos, chambres froides, entrepôts réfrigérés), et le développement de capacités de transformation et valorisation des produits.

La rareté des ressources en eau et la compétition pour ses différents usages, la surexploitation des aquifères et l’affaiblissement des institutions communautaires gestionnaires de l’eau au profit de systèmes administratifs centralisés, soulèvent des questions cruciales quant à la durabilité des systèmes d'irrigation. L'expansion des cultures irriguées, souvent destinées à la production fourragère ou commerciale, intensifie la concurrence pour l'eau au détriment des cultures vivrières de base. Cette situation est aggravée par le changement climatique. Les tensions croissantes entre les utilisateurs traditionnels (agriculteurs des oasis) et les nouveaux investisseurs avec de grands projets d’irrigation compliquent la mise en œuvre d’une approche intégrée et socialement acceptée (Massire, 2020). L'absence de transition énergétique dans le secteur agricole perpétue la dépendance aux combustibles fossiles pour le pompage de l'eau, alors que l’avenir de l’agriculture irriguée dépend fortement de l’énergie.

L'utilisation d'eaux souterraines profondes et fortement minéralisées, combinée à une évaporation intense, favorise la salinisation des sols, réduisant ainsi leur fertilité et leur potentiel agricole à long terme. L'érosion éolienne exacerbe encore cette fragilité. L’urbanisation rapide et souvent non planifiée a dépassé la capacité du réseau d’assainissement. La pollution des eaux de surface parfois réutilisées de manière informelle pour l’irrigation génère des risques sanitaires pour la production alimentaire et nuit à la qualité environnementale du bassin versant.

La diversification des cultures contribue à la sécurité alimentaire locale, mais se heurte à d'importantes contraintes commerciales.

Par ailleurs, la fragmentation des terres des anciennes oasis, induite par la croissance démographique et l'urbanisation, combinée à l'expansion d'une agriculture intensive et standardisée et à l'empiètement sur les pâturages sahariens, entraîne une perte de biodiversité, une érosion du savoir-faire local et l'affaiblissement d'un territoire inscrit au Patrimoine mondial. La dégradation de la qualité des eaux souterraines due à la pollution par les eaux usées et à la salinité des eaux d’irrigation constitue également un facteur majeur contribuant à l’érosion de la biodiversité.

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Devis nexus du DS Ghardaïa © MORFeuS-CREAD

Les défis intersectoriels du territoire

L'avenir de l’agriculture dans la province de Ghardaïa est étroitement lié à la capacité des acteurs concernés à relever plusieurs défis majeurs à la croisée des dimensions environnementale, climatique et institutionnelle. Les défis principaux sont aujourd’hui la modernisation des systèmes de production, la santé animale/végétale (Boukraa et al., 2013 ; Beladis et al., 2016 ; Zergate, 2019), les besoins croissants en eau et en énergie (particulièrement pour l'irrigation), le renforcement des infrastructures de stockage (silos, chambres froides, entrepôts réfrigérés), et le développement de capacités de transformation et valorisation des produits.

Un premier enjeu majeur concerne la durabilité de l'exploitation des eaux souterraines. L'écosystème des oasis, qui repose sur un équilibre socio-technique fragile, est aujourd'hui profondément perturbé tant par des chocs exogènes (changement climatique) que par des chocs endogènes (modernisation et urbanisation rapides). L'adaptation des pratiques agricoles est nécessaire et devra s’articuler autour de trois volets : améliorer l'efficacité de l'irrigation, diversifier les cultures en faveur d'espèces résistantes à la sécheresse, développer des techniques agroécologiques adaptées aux contextes oasiens et sahariens. Si l’amélioration de l’irrigation apparaît comme un défi hydraulique, elle constitue aussi un défi énergétique ; le potentiel solaire de la région représente une alternative sous-exploitée qui pourrait être développée (plusieurs projets pilotes ont démontré la faisabilité technique et économique du pompage photovoltaïque).

Un autre défi crucial réside dans la gouvernance. Le passage d’une agriculture traditionnelle, régulée par des institutions locales, à une agriculture mécanisée et à forte intensité capitalistique a profondément remodelé les pratiques de gestion collective. Le renforcement des cadres de gouvernance est donc essentiel à plusieurs niveaux :

  • au niveau local en valorisant les savoirs traditionnels et les mécanismes de solidarité ;
  • aux niveaux régional et national en mettant en œuvre des politiques publiques qui concilient productivité et durabilité ;
  • au niveau sectoriel en réglementant les marchés et en accompagnant les producteurs dans leur transition vers des systèmes plus résilients.

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Les opportunités pour le territoire : des dynamiques et des acteurs pouvant contribuer à améliorer la résilience et la durabilité du territoire

Les systèmes traditionnels de gestion des crues témoignent d’une capacité historique exceptionnelle à transformer la pénurie d’eau en une opportunité collective. Ils pourraient être remis en valeur en tant que modèles de gestion intégrée (Remini, 2018). Le système d'oasis à plusieurs niveaux est également un modèle de résilience écologique et sociale. Des ONG sont engagées dans la préservation de ce patrimoine.

Depuis les années 2000, des programmes nationaux ont accordé une attention particulière aux régions sahariennes, notamment par la mise en valeur des terres agricoles et le développement de l'irrigation (financement d'infrastructures d'irrigation, de routes, distribution de terres). Des investisseurs privés, agriculteurs locaux ou promoteurs d'autres régions, s’engagent dans la mise en valeur des terres par leurs propres moyens (Amichi et al., 2015).

Le programme national pour le développement des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique (2015-2030) vise à diversifier les sources d'énergie et à relever les défis environnementaux liés à l’utilisation des énergies fossiles. Le ministère de l'Agriculture a défini des priorités pour le déploiement des énergies renouvelables dans les exploitations agricoles. La première priorité concerne les exploitations agricoles existantes non raccordées au réseau électrique et fonctionnant actuellement au diesel, la deuxième priorité les terres agricoles attribuées mais non encore exploitées et également hors réseau, la troisième priorité les périmètres agricoles à développer.

Les innovations identifiées par le projet Morfeus

L’intérêt de ces innovations, souvent ancrées dans les savoirs ancestraux, réside dans leur capacité à concilier la rareté des ressources, la résilience territoriale et l'organisation sociale.

Association des techniques modernes et des techniques communautaires traditionnelles de gestion des crues et d'amélioration de la recharge des aquifères

Les infrastructures traditionnelles comprennent des digues de dérivation, des canaux permettant la distribution de l'eau au sein de l'oasis, des puits de recharge afin de stocker l’eau à l’abri de l’évaporation ; elles contribuent à la régénération de la fertilité des sols en déposant des sédiments riches en nutriments. Associées aux technologies modernes (telles que les forages et les motopompes), elles constituent un système cohérent régissant la captation, la distribution et le partage des eaux de surface, ainsi que la recharge des aquifères. Sa gestion est supervisée par une institution communautaire, Umana Essayl, chargée de faire respecter les règles coutumières de partage de l’eau. Bien qu’affaiblis par l’urbanisation des palmeraies et l’approvisionnement en eau potable à partir de l’aquifère de l’Albien, ces dispositifs ancestraux continuent de fonctionner dans plusieurs oasis de la région. Ce savoir-faire hydraulique est également reproduit par les agriculteurs installés dans les nouveaux schémas de développement agricole mis en place par l’État.

Création de forages collectifs destinés à l'irrigation des petits projets de développement agricole péri-oasis

Leur gestion est confiée à des associations d'irrigants. Cette initiative publique contribue à prévenir la prolifération incontrôlée de puits et de forages individuels. La construction de réservoirs d’eau surélevés pour une distribution par gravité permet de réaliser d’importantes économies d’énergie. L'installation de minuteries contribue à réduire la consommation d'eau des exploitations agricoles. Cette initiative rencontre plusieurs difficultés : un nombre excessif d’irrigants par rapport à la capacité du forage, des tensions (dégénérant parfois en conflits) autour de la perception des redevances d’électricité et des contributions financières destinées à la réparation des équipements.

Adoption de techniques d'irrigation modernes économes en eau, fortement encouragée par les politiques agricoles depuis 2000. Ces techniques sont appliquées sur près des trois quarts de la superficie agricole utilisée irriguée. L'irrigation goutte-à-goutte couvre 10 779 ha (58,82 % de la SAU), le système à pivot 2 838 ha (15,48 %), l'irrigation par aspersion 74,50 ha (0,40 %). En revanche, l'irrigation par gravité persiste sur 4 633 ha (25,30 % de la SAU).

Projets inachevés visant à la réutilisation des eaux usées traitées issues des stations d’épuration pour l'irrigation de périmètres agricoles en aval. La mise en œuvre de ces projets a pris un retard considérable. Les eaux usées traitées sont actuellement rejetées dans les oueds en aval des stations, contribuant ainsi à la recharge des aquifères souterrains. Des études empiriques ont observé la réutilisation informelle de cette eau par les agriculteurs, par pompage direct ou indirectement via l’extraction d’eau souterraine (Bekaddour, 2024).

Équipement des points d'eau pour le bétail dans les pâturages sahariens à l'aide de kits photovoltaïques. Quinze puits situés sur les pâturages sahariens et éloignés du réseau public de distribution d’électricité ont été équipés par la puissance publique d’un pompage photovoltaïques. Cependant, ces infrastructures souffrent d’un entretien insuffisant des équipements et d’actes de vandalisme. Il existe également quelques initiatives individuelles, le plus souvent d'exploitations agricoles situées loin du réseau électrique public.

L'expérience pilote de la centrale solaire d'Oued Nechou à Ghardaï. Installée en 2014, cette centrale est une des premières centrales à être raccordée au réseau électrique national.  Elle fait office de « laboratoire à ciel ouvert » pour la recherche universitaire et contribue au développement des énergies renouvelables en Algérie.

Le système ancestral d’agriculture oasienne, une gestion optimale des terres. Le système d’agriculture oasienne, adapté depuis des siècles aux régions extrêmement arides, constitue une véritable source d’enseignements en matière d’agroécologie. Les systèmes de palmeraies à plusieurs strates (palmier dattier – arbres fruitiers – cultures maraîchères) optimisent l’utilisation des terres tout en minimisant l’évaporation, et combine sécurité alimentaire, conservation de la biodiversité et régulation microclimatique. Des ONG locales du réseau international RADDO (Réseau Associatif pour le développement Durable des Oasis) se consacrent à la préservation de la culture des oasis et à la protection de la diversité biologique et agricole (notamment concernant les cultivars de palmiers dattiers et les semences locales).

Valorisation des dattes locales face à la tendance de monoculture du palmier dattier. Depuis la période coloniale, la phéniciculture a connu une forte tendance à la monoculture centrée sur deux variétés dominantes se caractérisant par leur facilité de conservation à long terme. De nombreuses variétés locales dont les qualités restent largement méconnues sont aujourd’hui menacées d’extinction en raison de leur nature périssable. Cependant, au cours des dernières décennies, plusieurs initiatives privées, axées sur la valorisation ont vu le jour avec la production de sirop de dattes, de pâtes à tartiner, de confitures de dattes, de compléments alimentaires pour animaux dérivés des noyaux de dattes.

Introduction de nouvelles cultures à faibles intrants et à forte valeur ajoutée. De jeunes agriculteurs développent la culture du safran, de champignons, de plantes aromatiques et médicinales, la production de miel, de semences locales, ainsi que des projets d’agrotourisme. Ces innovations dépendant très peu des marchés d’intrants externes, demandant peu d’eau et de terres et générant une forte valeur ajoutée nécessitent toutefois un soutien public solide, la mise en place d’un cadre institutionnel

propice et le renforcement des capacités des producteurs en matière de techniques de production, de gestion de la qualité et de commercialisation.

Projet de labellisation des produits locaux. Cette initiative, lancée par les autorités publiques chargées de l'agriculture au cours des trois dernières décennies avec la coopération technique de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), en est restée au stade de l'inventaire. Quelques produits locaux y ont été inscrits (dattes, arachides, fromages, etc.).

Initiatives visant à préserver et à promouvoir le patrimoine culinaire local. Plusieurs initiatives liées au développement d'activités touristiques ont été mises en œuvre, telles des restaurants spécialisés dans la gastronomie traditionnelle ou des établissements d'agrotourisme (comme des gîtes dans les palmeraies). Des actions de sensibilisation sont menées par des associations locales et des institutions religieuses afin de promouvoir les plats traditionnels lors de cérémonies.

Initiatives visant à préserver et à renforcer la biodiversité. Des réseaux collectifs informels d’agriculteurs sont impliqués dans la collecte, la conservation, l’échange et la multiplication des semences et des plantes adaptées à l’environnement saharien local. Depuis quelques décennies, des start-up développent la culture in vitro des palmiers dattiers. Les services publics chargés de la gestion du domaine forestier sont particulièrement engagés dans la préservation du pistachier de l'Atlas, qui couvre 3 000 hectares dans la partie nord de la wilaya et ont introduit plusieurs nouvelles espèces, telles que l'olivier, le caroubier, le moringa et diverses espèces utilisées pour les brise-vent

Innovations organisationnelles et gouvernance locale. Les comités de gestion de l’eau inspirés de traditions communautaires ont historiquement assuré la distribution équitable de l’eau et la régulation des conflits. Si ce modèle de gestion collective a été affaibli par la croissance démographique et urbaine et l’individualisation croissante de l’accès à l’eau, certaines pratiques communautaires persistent cependant et continuent d’alimenter les débats contemporains sur la gouvernance participative et la gestion durable des ressources naturelles.

 

Références

Amichi, F., Bouarfa, S., Lejars, C., Kuper, M., Hartani, T., Daoudi A., Amichi, H., Belhamra M. (2015). Des serres et des hommes : des exploitations motrices de l'expansion territoriale et de l'ascension socioprofessionnelle sur un front pionnier de l'agriculture saharienne en Algérie. Cah Agric 24 : 11-19. Doi : 10.1684/agr.2015.0736

Beladis, B., Salah Ouelhadj, B., Yagoub, L., Bahriz H., Doumandji, S., Brahim, A. (2016). Aperçu sur les principaux problèmes phytosanitaires rencontrés dans quelques palmeraies de la région de Ghardaïa pendant l'hiver. Poster, DOI : 10.13140/RG.2.2.22878.84809

Benguelia R., Hadj Brahim A. (2018). Etude hydrogéologique du Continental Intercalaire dans la région de Ghardaia. Master en géologie, option hydrogéologie, Université Kasdi Merbah, Ouargla, 102 pages.

Bensalah, I., Yousfi, B., Menaa, N., & Bougattoucha, Z. (2018). Urbanisation de la vallée du M’zab et mitage de la palmeraie de Ghardaïa (Algérie) : un patrimoine oasien menacé. Belgeo. Revue belge de géographie, 2.

Bekaddour, S. (2024). Déverrouillage des eaux non conventionnelles vers de nouveaux modèles hydro-agricole en milieu aride. Thèse de doctorat en sciences agronomiques, ENSA, Alger.

Boukraa, S., Brahim, A., Babaaissa, N., Francis F. (2013). Moustiques (Diptera: Culicidae) de la région du M’Zab-Ghardaïa, Algérie: biodiversité et importance médico-vétérinaire. Conference paper. DOI :10.13140/2.1.2554.4647

Massire (2020). Situation de référence de la région d’étude : Wilaya de Ghardaïa. In projet MASSIRE « Intégration des institutions locales et des multiples sources d’eau pour l’amélioration de la sécurité alimentaire dans les zones rurales intérieures de l’Afrique du Nord par le renforcement des systèmes d’innovation agricole et rurale », financé par le FIDA, 2019-2024.

Massire (2020). Situation de référence de la région d’étude : Wilaya de Ghardaïa. In projet MASSIRE « Intégration des institutions locales et des multiples sources d’eau pour l’amélioration de la sécurité alimentaire dans les zones rurales intérieures de l’Afrique du Nord par le renforcement des systèmes d’innovation agricole et rurale », financé par le FIDA, 2019-2024.

Zergate, I. (2019). Etude des problèmes phytosanitaires au niveau de l’oasis de Zelfana (W. GHARDAIA). Mémoire de Master, spécialité : Protection des végétaux, Université de Ghardaïa.