Le site de démonstration audois - diagnostic Nexus

Le site de démonstration audois : des enjeux WEFE concentrés sur le territoire et appréhendés par une démarche de co-construction d’innovations

La première étape pour chaque terrain est d’établir une base analytique initiale pour une compréhension intégrée et partagée avec les acteurs du territoire des interactions, des synergies et des compromis entre les quatre composantes eau, environnement, énergie agriculture et alimentation, ainsi que des contraintes et des opportunités sur les différents sites.

En France, le site de démonstration est la frange littorale de l’Aude et l’Est.

La zone d’étude et ses ressources

La frange littorale de l’Aude et l’est audois s’étendent le long de la frange côtière du département et remonte au Nord de Narbonne (voir carte ci-dessous). Les défis liés à la gestion des infrastructures hydrauliques, de l'approvisionnement en eau potable en quantité et qualité, de l'irrigation agricole, de l'approvisionnement alimentaire, au secteur énergétique (hydroélectricité, parcs photovoltaïques et éoliens) et à l'état des écosystèmes fragiles y sont centraux et se recoupent.

carte sans frontière France Laure

 

L’eau, une ressource critique 

La zone se caractérise par un déficit hydrologique très important, une répartition hétérogène des ressources en eau sur le territoire, une demande d’eau potable accrue durant la période touristique et une salinisation des terres sur certains endroits de la basse plaine avec le risque d’une progression du phénomène. Les réservoirs présents sur le principal fleuve, l’Aude, jouent un rôle majeur pour la production hydroélectrique et pour l’agriculture pendant la période d’étiage de mai à octobre. Le lac de Matemale, le plus important de ces réservoirs, est régi par la convention de Matemale signée en 1957 avec EDF, et qui vise à respecter un débit objectif d’étiage de l’Aude. Elle autorise un prélèvement de l’eau pour l’agriculture.

L’énergie : l’éolien et le photovoltaïque gagnent en importance

Le cours supérieur de l'Aude et certains de ses affluents ont été aménagés pour la production hydroélectrique. L’activité des barrages provoque cependant des tensions avec le secteur agricole dont les besoins d’eau d’irrigation par pompage sont importants particulièrement en été.

Aujourd’hui, les parcs éoliens et photovoltaïques sont répartis sur plusieurs communes de la zone d'étude. Le secteur photovoltaïque devient un véritable enjeu pour les acteurs locaux car la réglementation a été assouplie pour l'installation de parcs agrivoltaïques, laissant ouverte la question de la pression exercée par les entreprises d’énergie pour accéder à des terrains et des tensions en cascade que cela peut générer, considérant en particulier la crise viticole actuelle et les arrachages massifs.

L’agriculture et l’alimentation : une domination de la viticulture et une petite part de surfaces destinées à l'alimentation

La production agricole est marquée par des conditions pédologiques et un accès à l'eau très contrastés. En 2014, le secteur agricole représentait 4,4 % des emplois en totalisant un peu plus de 1800 emplois principalement dédiés à la viticulture. La majorité des exploitations viticoles apportent leurs raisins auprès de caves coopératives réparties sur le territoire. Les surfaces en vignes déclinent et les friches représentent le deuxième type de surfaces sur les terres à vocation agricole. Les céréales et oléoprotéagineux représentent moins de 20% des surfaces agricoles. Le maraîchage (sous serre et plein champ) ainsi que l’arboriculture occupent une part très marginale es surfaces. Cependant, leur rôle dans la diversification des exploitations agricoles et de l'approvisionnement alimentaire est crucial, et leur localisation autour des villes, dans une ceinture maraîchère, constitue un enjeu territorial majeur. Certains viticulteurs cultivent des légumes en plein champ, parfois avec une petite surface céréalière et quelques-uns se lancent dans la culture fruitière. Ces combinaisons de production méritent d'être soulignées car elles témoignent d’une diversification des activités, dont il serait important de mieux comprendre les mécanismes fins de leur pérennité. Leur existence démontre également que des chaînes d'approvisionnement sont en place. Parmi les productions arboricoles, l’oléiculture a une place particulière : la zone d’étude abrite une coopérative oléicole et fait partie de l’aire d’appellation de l’AOP Lucques Languedoc). Les éleveurs sont peu nombreux mais font preuve d'un effort particulier pour tirer le meilleur parti des terres difficiles (accès à la terre, parcellaire morcelé, faibles ressources fourragères, fragilité de l'environnement). Trois prud’homies (corporations locales de pêcheur) se partagent l’activité de pêche professionnelle sur les lagunes, pour laquelle la qualité de l'eau (température, salinité, pollution, espèces envahissantes, etc.) est un enjeu crucial.

Les filières en aval identifiées à ce jour sont organisées comme suit :

- une coopérative oléicole, qui collecte les olives d'une partie des départements de l'Aude, de l'Hérault et des Pyrénées-Orientales

- une organisation qui réunit trois producteurs fruitiers

- plusieurs coopératives viticoles

- plusieurs exploitations agricoles spécialisées dans les légumes de plein champ (melons, asperges) en rotation avec des cultures céréalières, exportent leur production en dehors de la zone d'étude, une partie, à priori minime, étant vendue localement en circuits courts.

- une coopérative spécialisée dans les céréales et les oléagineux, avec un moulin à farine local dont les produits sont principalement exportés 

L’irrigation : une gestion collective

La majorité des irrigants gère collectivement une partie de l’eau d’irrigation ; une part non négligeable a aussi recours à un pompage individuel en complément ou bien comme seul accès à l’eau. Si la principale production irriguée reste la vigne, d’autres productions sur des surfaces moins importantes le sont aussi : cultures maraîchères (asperge, artichaut, melon), maïsiculture (une exploitation), riziculture par submersion (une exploitation), jardins familiaux.

En résumé, trois secteurs principaux peuvent être identifiés dans la zone étudiée :

- un secteur au nord-est de la zone étudiée qui est irrigué et ne rencontre pas de difficultés liées au sel.

- un secteur au cœur de la basse plaine irrigué et géré collectivement rencontre des problèmes de salinité.

- un secteur sud qui n'est pas irrigué et semble manquer des ressources nécessaires pour le faire, mais avec des projets de forages qui voient actuellement le jour.

Des écosystèmes fragiles et à protéger

La zone d’étude inclut des zones d’intérêt biologique ou écologique et d’importantes zones humides à protéger (ZNIEFF types I and II, sites Natura 2000, zones humides classées sites Ramsar). Le Parc Naturel Régional de la Narbonnais en Méditerranée est un acteur central de la gestion des écosystèmes et supervise neuf sites Natura 2000, soit 60% de l’aire du Parc. Le Conservatoire du Littoral a lui pour objectif la préservation du littoral et le respect des équilibres écologiques. Il a un rôle d’animation locale avec des partenaires publics et un droit de préemption pour la mise en place et le suivi de zones protégées permettent le rachat de terrains pouvant être mis à la disposition d’acteurs locaux, en particulier d’agriculteurs, avec un cahier des charges précis à respecter.

Dans la partie basse de l’Aude, les défis à relever concernent notamment le passage des poissons migrateurs amphihalins et la gestion des ripisylves compte tenu des débits saisonniers, des habitats naturels et de leur rôle dans la purification de l'eau. Sur le plateau calcaire de Leucate au sud de la zone d’étude (prairies sèches, zones boisées, garrigue), les principaux défis sont la lutte contre l'envahissement par les broussailles et une dégradation des milieux fragiles par les activités agricoles.

schéma territoire aude.png

Les principales menaces pesant sur le territoire

L’augmentation de la demande en eau des plantes au cours d’étés chauds et secs, ainsi que d’hivers sans recharge des nappes et des sols par de moindres précipitations, constitue un enjeu agronomique fort. De plus, la fréquence accrue des événements extrêmes pourrait augmenter le risque d'inondations dues au ruissellement, aux crues de l'Aude ou à la montée des nappes phréatiques. Enfin, d'ici 2050, l’élévation du niveau de la mer pourrait atteindre 20 cm, facilitant l'intrusion d'eau salée dans les lagunes et leurs environs. Il existe donc un risque de perte des surfaces agricoles les plus basses (majoritairement vigne, élevage, riziculture).

Les défis intersectoriels du territoire

Trois principaux enjeux transversaux ont été identifiés :

- le partage de l'eau entre les différents secteurs (eau potable, agriculture, alimentation, industrie, navigation, énergie, pêche, loisirs, etc.), car cette ressource est déjà en tension. La solidarité devient d'autant plus nécessaire qu'en 2065, le débit de l'Aude pourrait diminuer en moyenne de 10 % de mars à septembre, et jusqu'à 50 % de mai à juin.

- la qualité de l'eau, qu’il s’agisse d’améliorer la qualité de l’eau potable, l’eau sortant des stations d’épuration, l’eau qui provient des exploitations agricoles (depuis les champs et stations de lavage), l’eau des étangs, et les risques liés aux sites industriels, notamment l’usine de traitement de l’uranium au nord de la ville de Narbonne (émissions de nitrates et d'ammoniac, dont la gestion est consommatrice d’eau).

- l'avenir des surfaces agricoles. Les difficultés économiques et agronomiques de la production viticole entraînent dès aujourd’hui une baisse des surfaces exploitées et rendent urgent le travail sur l’adaptabilité et la durabilité des systèmes concernés. L’importance des friches demande par ailleurs que leur potentiel de valorisation soit étudié en tant qu’enjeu multisectoriel (quels usages, quelles stratégies, quelle coordination territoriale et politique, …). La place à donner aux productions alimentaires valorisées localement est aussi un enjeu complexe compte tenu de leur faible proportion actuelle et d’un pouvoir d’achat fragile pour beaucoup de ménages dans la communauté de communes du Grand Narbonne.

Plus largement, l’ensemble des challenges relatifs à la zone d’étude et les différents acteurs impliqués sont représentés dans la figure ci-dessous.

Diag acteurs Aude
Diagnostic acteurs-défis du DS Aude © MORFeuS

Les opportunités pour le territoire : des dynamiques et des acteurs pouvant contribuer à améliorer la résilience et la durabilité du territoire

Un certain nombre d’acteurs agricoles se sont engagés dans des pratiques agroécologiques (mise en place de nouvelles cultures de zone aride, systèmes de sols vivants) et certains agriculteurs commencent à diversifier leur activité, notamment par des productions arboricoles fruitières.

Des dynamiques territoriales pour organiser et renforcer la production alimentaire locale se mettent également en place. Le Plan alimentaire territorial du Grand Narbonne lancé en 2022 vise à modifier la très faible part occupée par les terres agricoles à vocation alimentaire. La coopérative L' Aude à Table (avec le soutien de la Chambre d'agriculture de l'Aude, du département de l'Aude et de la Coopération agricole d'Occitanie) rassemble des producteurs et des collectifs de producteurs, des partenaires publics et institutionnels, ainsi que des associations autour d’un projet qui vise à simplifier l'approvisionnement des professionnels, à promouvoir le travail des producteurs locaux en leur offrant une solution logistique partagée, à structurer une chaîne alimentaire durable et solidaire au service de la région, à impliquer l'économie sociale et solidaire. Des mesures agricoles et environnementales ou MAEC (contrats de 5 ans élaborés collectivement avec allocation d'enveloppes budgétaires) ont été mises en place dans le cadre des 4 projets agro-environnementaux et climatiques (PAEC) du territoire (réduction de l'utilisation de pesticides, de la fertilisation, couverture du sol…). Le Conservatoire du Littoral et des Rivages Lacustres développe aussi une stratégie d’achat de terrains pouvant être mis à disposition d’acteurs locaux, notamment des agriculteurs, dans le cadre d’un ensemble précis de contraintes à respecter. Elaborée par le Parc Naturel Régional, La Charte du Parc destinée à construire des objectifs collectifs à 15 ans dans le périmètre du parc est soutenue par les communes du Parc, les intercommunalités, la Région, le Département de l'Aude et les Chambres consulaires.

Quelques premières pistes d’action à mettre en place

Dans une logique de co-conception de solutions, les innovations déjà présentes sur le territoire d’étude peuvent servir de base à une réflexion collective avec les acteurs de terrain. Des acteurs seraient à interpeller dans le cadre d’une telle démarche : la Maison Paysanne de Lézignan Corbières, Montpellier Métropole, le projet scientifique SagiTerres et le projet Fantascic menés dans le département de l'Aude sur le couplage entre élevage et cultures. Des installations pastorales impliquant une organisation collective entre acteurs privés et publics pour créer des itinéraires de transhumance (valorisation des terres en friche) sont également à réfléchir. La diversité de terres en friche existantes constitue un réservoir de surfaces disponibles. La mise en place d’un programme territorial visant à caractériser leur hétérogénéité et leur accessibilité physique et foncière pourrait permettre de les revaloriser et de les restaurer. La mise en place de cultures de couverture annuelles entre les rangs de vigne pour protéger les sols et améliorer leur structure pourrait être une nouvelle stratégie à expérimenter. Des capteurs pourraient être utilisés afin de mieux comprendre et évaluer les dynamiques de l'eau, du sel et de la matière organique dans les sols. Les résultats attendus sont d’ordre agronomique mais aussi organisationnel avec notamment la mise en place d’un apprentissage collectif autour de la gestion de l’eau dans le sol (optimisation de l’irrigation, couverture d’inter-rangs de vignes).

Les travaux en cours

Suite au travail de synthèse d’enjeux repris dans le schémas ci-dessus, trois grands enjeux transversaux, croisant les dimensions eau-énergie-alimentation-écosystèmes ont été identifiés en atelier (17/112025 et 06/01/2026) :

Le partage et l’allocation stratégique de l'eau entre les différents secteurs (eau potable, agriculture, alimentation, industrie, risque incendie, navigation, hydro-électricité, pêches fluviale et lagunaire, loisirs, etc.), car cette ressource est déjà en tension. La solidarité devient d'autant plus nécessaire qu'en 2065, le débit de l'Aude pourrait diminuer en moyenne de 10 % de mars à septembre, et jusqu'à 50 % de mai à juin. Ainsi, quelles perspectives sont souhaitables pour des secteurs avec déjà peu d’eau, qui en auront de moins en moins, voire qui n’en ont déjà pas ou plus ?

La durabilité et la rentabilité de l’activité agricole. Les difficultés économiques et agronomiques de la production viticole entraînent dès aujourd’hui une baisse des surfaces exploitées et rendent urgent le travail sur l’adaptabilité et la durabilité des systèmes concernés. La place à donner aux productions alimentaires valorisées localement est aussi un enjeu complexe compte tenu de leur faible proportion actuelle et d’un pouvoir d’achat fragile pour beaucoup de ménages dans la communauté de communes du Grand Narbonne. Finalement, comment penser une diversification en viticulture et outiller le potentiel de nouvelles cultures alimentaires sur le territoire ?

L’allocation du foncier à l’échelle du territoire, notamment agricole. L’importance croissante des friches et la diversité des regards qui sont posés dessus implique que leur devenir, et en particulier leur potentiel de valorisation, soit étudié en tant qu’enjeu multisectoriel (quels usages, quelles stratégies, quelle coordination territoriale et politique, …). Les pressions liées aux projets agrivoltaïques dans le sillon dans le la loi d’Accélératoin des Energies Renouvelables de 2023 ajoute l’enjeu d’objectiver et accompagner les demandes dans l’enceinte du PNR. Comment penser le lien à la diversification avec les pressions de l’agrivoltaïsme ? Enfin, si l’accessibilité foncière peut être complexe pour certains projets compte tenu de leurs spécificités (pastoralisme, maraîchage), il convient d’accompagner les porteurs de projets avec un regard à l’échelle territoriale.2. Une constellation d’acteurs à la croisée des enjeux eau-énergie-alimentation-écosystèmes