Le site de démonstration de la Vallée du Dadès - diagnostic Nexus

Le site de démonstration de la Vallée du Dadès - diagnostic Nexus

La première étape pour chaque terrain est d’établir une base analytique initiale pour une compréhension intégrée et partagée avec les acteurs du territoire des interactions, des synergies et des compromis entre les quatre composantes eau, environnement, énergie agriculture et alimentation, ainsi que des contraintes et des opportunités sur les différents sites.

La zone d’étude et ses ressources

La région de M'Semrir-Tilmi dans le Haut Atlas est une oasis montagneuse au climat aride et aux hivers frais. Elle est située dans la province de Tinghir, au pied du Haut Atlas, à une altitude de 1 900 m. La zone d'étude est difficile d'accès ; une seule route la relie aux zones voisines. Elle est partagée entre trois tribus : les Aït Hadiddou, les Aït Marghad et les Aït Atta et comprend deux communes : la commune de Tilmi, qui rassemble les Ait Hadiddou et les Ait Marghad, et la commune de M'Semrir occupée par les Ait Atta. Elle est composée de quatre territoires distincts, le centre de M’Semrir, Oussikis-Taadadate, Ait Marghad et Ait Hadiddou présentant des caractéristiques et stratégies différentes qui déterminent la nature de leurs activités économiques, en particulier l'agriculture et l'élevage. Le centre de M'Semrir est confronté à une fragmentation foncière prononcée et à des contraintes topographiques qui limitent l'expansion des terres agricoles. Il se distingue par une forte concentration d'activités du secteur tertiaire telles que le commerce, les services et le tourisme. A Oussikis-Taadadate et Aït Marghad, l’activité agricole est centrée sur la culture de pommes, en raison de la topographie plus plate de ces zones. A Aït Hadiddou, l'élevage transhumant prédomine, parallèlement à une activité agricole de subsistance et fourragère.

map Maroc
Localisation du DS de la Vallée du Dadès © MORFeuS

L’eau, une ressource critique 

L'Oued Dadès est le principal cours d'eau pérenne, traversant Tilmi et M'Semrir. Ses conditions de faible débit estivales coïncident précisément avec les pics de demande agricole, générant un stress hydrique structurel. Son affluent pérenne, l'Oued Oussikis, alimente spécifiquement la région d'Oussikis-Taadadate. La zone compte plusieurs sources contribuant au débit de base des oueds. Situées principalement dans les zones de pâturage, elles constituent des points d'abreuvement stratégiques particulièrement pour le bétail transhumant.

L’envasement du barrage d'Oussikis a considérablement réduit sa capacité fonctionnelle ; il est devenu complètement inopérant en 2010 et ne remplit désormais plus ni son rôle de rétention d'eau ni sa fonction de protection contre les inondations et les coulées de débris. Bien que le forage de nouveaux puits ait légèrement augmenté les volumes disponibles, l'approvisionnement reste structurellement insuffisant par rapport aux besoins domestiques, avec des tensions estivales récurrentes. La pratique, chez certains ménages, de faire la lessive dans le lit de l'oued reflète la dépendance à l'égard du système hydrologique naturel pour les besoins domestiques et soulève des préoccupations quant à la qualité de l'eau.

L'irrigation agricole est de loin l'utilisation la plus gourmande en eau, représentant la majeure partie des prélèvements, en particulier pendant la période estivale. L'eau potable et les usages domestiques constituent la deuxième catégorie de consommation, avec des besoins relativement stables qui atteignent néanmoins un pic en été. Quantitativement moins important, l'abreuvement du bétail reste stratégiquement important pour soutenir l'activité pastorale.

Les associations d'Usagers de l'Eau Potable (AUEP) gèrent le service de l'eau potable sur des territoires définis. Les communes mènent des actions visant à améliorer la gestion de l'eau et les demandes avec le soutien technique et financier de l’Office régional de mise en valeur agricole de Ouarzazate (ORMVA), qui peut mobiliser des financements de diverses sources et intervient dans la formation des agriculteurs), de l'Agence du bassin hydraulique et de l’agence nationale des eaux et forêts (ANEF).

L’énergie : la transition solaire dans le pompage agricole

La dimension énergétique est au cœur des interactions entre l’eau, l’agriculture et la valorisation des systèmes de production locaux et concernent principalement l’irrigation collective et individuelle, la transformation et le stockage des produits agricoles. En matière d’irrigation collective, le programme OASIL (2017-2021) mené conjointement par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, le ministère de l’Agriculture, l’Agence nationale pour le développement des oasis et de l’arganier (ANDZOA), l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et la FAO, avec le soutien d’acteurs locaux et régionaux, a permis l’installation de puits et de forages alimentés à l’énergie solaire, destinés à l’irrigation et à l’abreuvement du bétail. Concernant les puits individuels, les motopompes diesel et au butane sont les principales sources d'énergie utilisées, exposant les exploitations agricoles à la volatilité des prix des combustibles et à une forte augmentation des coûts d'exploitation. Dans ce contexte, certains agriculteurs ont commencé, de manière isolée et expérimentale, à adopter le pompage solaire individuel comme alternative économique.

Concernant la valorisation des produits, l’unité frigorifique de stockage des pommes de M'Semrir-Tilmi, construite en 2018, est actuellement alimentée par le réseau électrique national. Une transition potentielle vers les énergies renouvelables, en particulier l'énergie solaire, est envisagée afin d'améliorer la viabilité économique de la chaîne de valeur et de réduire l'empreinte carbone de l'installation. 

L’agriculture et l’alimentation : une structuration autour de l’élevage et de la culture de la pomme

Le territoire de M'Semrir-Tilmi se caractérise par un système agropastoral reposant principalement sur des moutons D'man (avec un petit nombre de chèvres et parfois une ou deux vaches dont le lait est réservé à la consommation du ménage ou offert en cadeau). Il a subi de profondes recompositions en l'espace de quelques décennies seulement. La sédentarisation progressive des éleveurs, motivée par des contraintes climatiques cumulées et une reconfiguration de la mobilité, s'est accompagnée d'une évolution vers des vergers de pommiers irrigués (le froid étant un facteur permettant la fructification), de l'essor de la luzerne, ainsi que d’une structuration progressive d’organisations de producteurs (coopératives, puis GIE), de la mise en service d'une unité de stockage frigorifique de la pomme et de projets d'unités de transformation.

Dans le même temps, l'élevage s'est largement intégré dans les exploitations sédentaires avec une dépendance accrue vis-à-vis des compléments alimentaires en lien avec le déclin de la productivité des pâturages herbacés, sans pour autant éliminer totalement les formes transhumantes.

La fragmentation des terres, la vulnérabilité économique des petites exploitations et la diversification limitée des activités non agricoles ont alimenté une migration soutenue des jeunes, remodelant les équilibres démographiques, la transmission des connaissances et la capacité d'investissement local.

Le territoire d’étude peut être divisé en trois zones agroécologiques allant du nord au sud :

- une zone de haute montagne où l'activité principale est la transhumance. La race la plus utilisée par les éleveurs est la Saghro, une race rustique bien adaptée à la transhumance. Les pâturages sont des terres collectives gérées par les tribus de la région. Il y existe également une activité agricole axée sur les cultures de subsistance et fourragères.

- une zone de pâturages intermédiaires composée de terres collectives où l'activité principale est l'élevage semi-transhumant et sédentaire de la race Timehdit. Des terrasses agricoles y ont aménagées et, en raison de l’éloignement de l'oued, des puits y ont été creusés

- une zone oasienne agricole occupée principalement par des vergers de pommiers et où l’élevage de la race D'man y est principalement intensif. Ces terres agricoles, malgré leur superficie limitée (une moyenne de 0,7 ha par exploitation moyenne), constituent un capital productif essentiel

L’irrigation 

Le transport des eaux de surface repose principalement sur un ancien réseau de «seguias» (canaux en terre progressivement convertis au béton depuis la fin des années 1980) qui constitue l'épine dorsale de la distribution. Le réseau est de faible efficacité en lien avec des pertes et la dégradation des ouvrages. On observe d'importantes inégalités entre l'amont et l'aval, avec des réductions de débit pouvant atteindre 42 % à l'extrémité aval du réseau. De plus, la multiplication des puits collectifs et privés pose des problèmes quant au risque de surexploitation de l'aquifère, non régulé, et d’inégalités entre agriculteurs. L'eau d'irrigation est partagée entre les ayants droit par le biais de « tours d'eau ». Un nombre défini de jours d'irrigation est attribué à chaque tribu, selon un ordre de passage prédéfini et des cycles successifs. La surveillance et l'application des règles sont assurées par le Nader, nommé par chaque tribu pour acheminer l'eau selon l'ordre établi, veiller au respect des règles et percevoir les amendes en cas d'infraction. Cette pratique coutumière ne permet plus de combler le décalage croissant entre les besoins en eau et la disponibilité.

Les méthodes d'irrigation restent principalement alimentées par gravité, certaines exploitations agricoles ayant introduit l'irrigation goutte à goutte à l'échelle de la parcelle dans les extensions agricoles. L'adoption de cette technique reste limitée en raison de contraintes structurelles liées à la complexité du régime foncier qui entrave les investissements et la sous-traitance, à la fragmentation des terres et à la petite taille des parcelles, qui réduisent les économies d'échelle et la rentabilité des équipements, et aux difficultés d'accès aux subventions publiques et aux programmes de soutien. En marge, certains agriculteurs détournent les sources à l'aide d'ouvrages légers lorsque la pression sur la ressource augmente.

Des écosystèmes fragiles et à protéger

La zone d’étude intègre des terres agricoles autour de l’oued, des extensions en terrasses, des pâturages d'altitude et des zones de transhumance formant un ensemble dans lequel activités humaines et dynamiques naturelles sont étroitement liées dans le cadre de pratiques de gestion traditionnelles. La productivité des pâturages connaît un déclin significatif sous l'effet combiné de contraintes climatiques accrues et de la surexploitation. Les sécheresses récurrentes réduisent la disponibilité du fourrage et appauvrissent la diversité végétale, tandis que les épisodes de pluies torrentielles accélèrent l'érosion des sols. La disparition de certaines espèces végétales entraîne une pénurie de bois de chauffage.

Parmi les zones protégées, les réserves pastorales traditionnelles ou agdals, fermées de façon saisonnière, sont régies par des règles coutumières ancestrales qui ont contribué à prévenir la surexploitation des ressources pastorales. Certains agdals ont historiquement servi de réserves naturelles pour protéger des espèces spécifiques, notamment le mouflon à manchettes. Aujourd'hui, ce système de gestion traditionnel est confronté à plusieurs difficultés : désengagement des jeunes générations et de la population locale, pression exercée par l'expansion agricole, recours aux puits individuels en prolifération en opposition à la gestion collective. Certains agdals ont perdu leur statut et leur fonction protectrice -les responsabilités de surveillance ne trouvant plus preneur- et sont désormais gérés par les autorités chargées de l'eau et des forêts.    

Modele spat Maroc
Modele spatial du DS Vallée du Dadès © MORFeuS

Les principales menaces pesant sur le territoire

L’eau est l’objet de tensions récurrentes qui révèlent un déséquilibre multidimensionnel entre l'offre et la demande, aggravé par des vulnérabilités liées aux infrastructures et au changement climatique. La saisonnalité marquée, avec des débits élevés en hiver et au printemps suivis d'une période estivale de faible débit, entre en conflit avec le calendrier agricole, dominé par les vergers de pommiers. Les règles d'allocation coutumière ne reflètent plus les zones agricoles actuelles et la règle consistant à « acheter des terres sans acheter d'eau » oblige structurellement les tribus en aval à compenser en exploitant les eaux souterraines, avec un risque d'une surexploitation de l'aquifère en l’absence de régulation par les institutions coutumières. La prolifération d'acteurs formels dans la gestion de l’eau chacun avec sa propre logique d'intervention, ses budgets et ses programmes, génère des incohérences dans la planification et des défis de coordination à tous les niveaux de gouvernance. L’eau étant le principal point d'articulation entre agriculture, élevage, alimentation et environnement, l'absence d'un mécanisme collectif pour réguler et coordonner les prélèvements rend urgent de réviser les règles de gestion et d'introduire de nouvelles formes de gouvernance de l'eau adaptées aux conditions actuelles.

Concernant l’équilibre des écosystèmes, ce dernier est compromis par l'intensification de l'agriculture. La disparition progressive d’espèces emblématiques reflète les pressions croissantes sur les écosystèmes. L'utilisation croissante d'intrants chimiques (engrais, pesticides) sans conseil technique expose les sols et les eaux à une dégradation progressive. Les effluents domestiques aggravent localement la contamination organique et chimique. L'érosion des sols, le déclin de la productivité des parcours et la disparition progressive des zones d’Agdal indiquent une perte de régulation écologique. L'affaiblissement des institutions coutumières, autrefois garantes de la gestion durable des parcours et de la répartition de l'eau, a cédé la place à des usages non coordonnés qui accélèrent la dégradation des ressources. Parallèlement, les infrastructures de protection contre les inondations (gabions, bassins de rétention) sont souvent mal entretenues ou mal adaptées, renforçant la vulnérabilité des terres agricoles aux coulées de débris et à la variabilité climatique.

L'essor de la culture de la pomme a profondément transformé l'économie et l'organisation sociale du territoire. Autrefois structurée autour de systèmes mixtes combinant arbres fruitiers, cultures vivrières et élevage transhumant, la vallée tend maintenant vers la spécialisation. Ce changement a augmenté les revenus monétaires pour certains producteurs, mais il a également créé une forte dépendance à un seul produit, exposant le territoire aux fluctuations des prix, aux aléas climatiques et aux crises du marché. Le développement de cette monoculture va de pair avec une utilisation intensive de l'eau et une pression accrue sur les terres collectives, au détriment de l'élevage et des pâturages. La sédentarisation progressive des troupeaux, la réduction des zones de pâturage et la perte des connaissances liées à la mobilité pastorale compromettent l'équilibre entre l'agriculture et l'élevage, qui soutenait autrefois la durabilité écologique et économique du système oasien. Les activités touristiques, encore émergentes, peinent à trouver leur place dans cette configuration dominée par l'agriculture.

Si le défi pour le territoire consiste désormais à rechercher un nouvel équilibre entre production fruitière, l'élevage et le tourisme rural, un équilibre qui concilie rentabilité, diversité économique et préservation des ressources naturelles, la crise dans le territoire de M’Semrir–Tilmi est aussi une crise de gouvernance. Le territoire souffre d'initiatives dispersées et d'un mauvais emboîtement des échelles d'action, d’une incapacité à définir des priorités collectives et à construire un projet de développement cohérent, alors que les différentes parties prenantes font preuve de divergences d’intérêt : les producteurs de pommes cherchent à étendre leurs vergers ; les éleveurs défendent l'accès aux pâturages ; les institutions publiques développent des stratégies sectorielles ; les associations locales cherchent à être reconnues ; les jeunes recherchent des emplois et de la mobilité.

Les défis intersectoriels du territoire

L'analyse du territoire de M’Semrir-Tilmi souligne la nécessité d'un changement structurel dans la gouvernance des ressources et dans la coordination entre les parties prenantes. Les tensions autour de l'eau, de la spécialisation agricole et de l'affaiblissement des institutions locales appellent à une approche intégrée capable d'articuler les dimensions environnementales, sociales et économiques du développement territorial. Cette approche intégrée pourrait s’appuyer sur :

- l’établissement d’un cadre de concertation territorial rassemblant les principaux acteurs publics et communautaires, sous la coordination conjointe des communes rurales de M’Semrir et Tilmi et de l'ANDZOA

- la création d’un dispositif local de suivi et d’observation des ressources et de leurs usages (évolution des pratiques agricoles, dynamiques et impacts socio-économiques de la dégradation des sols et des parcours)

- la révision des mécanismes de soutien à l'agriculture afin qu'ils intègrent des critères d'efficacité de l'eau, de résilience climatique et de durabilité des écosystèmes (diversification des cultures, réhabilitation des systèmes d'irrigation traditionnels et la promotion de pratiques et techniques agroécologiques adaptées)

- le renforcement de l’articulation entre les structures coutumières et les organes de gestion formels, tels que les comités Jmaa, Nader et seguia d’une part, et les associations d’utilisateurs de l’eau agricole (AUEA), les coopératives agricoles et les coopératives ethno-pastorales d’autre part.

Defis acteurs Maroc
Défis et acteurs du DS Vallée du Dadès © MORFeuS

Les opportunités pour le territoire : des dynamiques et des acteurs pouvant contribuer à améliorer la résilience et la durabilité du territoire

Un certain nombre d’initiatives déjà en place, illustrant une dynamique d’adaptation graduelle aux défis du territoire, reposent sur une combinaison de connaissances locales, d'initiatives communautaires et de soutien institutionnel, mais ces initiatives restent limitées.

Déploiement du pompage solaire pour l'irrigation

Depuis 2018, l'utilisation de pompes solaires est devenue courante parmi les agriculteurs de M’Semrir–Tilmi. Encouragée par les programmes de soutien dans le cadre du Plan Maroc Vert puis de Génération Green, cette solution, qui contribue à une plus grande autonomie des agriculteurs et à la continuité de l'activité agricole pendant les périodes de sécheresse prolongée, a permis de réduire les coûts énergétiques liés au pompage et d'assurer un accès régulier à l'eau d'irrigation, notamment dans les zones éloignées du réseau gravitaire. Cependant, elle génère une tendance à la surexploitation des nappes phréatiques en l'absence de mécanismes de régulation.

Réhabilitation et entretien des systèmes d'irrigation traditionnels

Les communautés locales, soutenues par l'ORMVA de Ouarzazate et l'ANDZOA, ont entrepris une rénovation des seguias (canaux d'irrigation traditionnels) et des khettaras (galeries souterraines de type qanat) afin d'améliorer la distribution de l'eau et de limiter les pertes.

Introduction progressive de techniques d'économie d'eau

Certaines fermes pilotes, en particulier dans les extensions agricoles, ont introduit des systèmes de micro-irrigation ou d'irrigation goutte-à-goutte par gravité. Ces pratiques restent cependant occasionnelles et peu répandues

Gestion communautaire de l'eau et des parcours

Le dessèchement progressif des points d'eau en altitude et la baisse des flux des oueds obligent les agriculteurs à s'organiser collectivement pour mettre en commun les puits et les ressources en eau souterraine. Parallèlement aux dispositifs de gouvernance coutumière, comités tribaux Jmaa, Nader et seguia, les AUEA structurent progressivement la gestion collective au niveau formel, favorisant la coordination avec l’office régional de développement agricole de Ouarzazate (ORMVAO).

Structuration économique autour de la pomme et de la diversification agricole

Le Groupement d’Intérêt Économique Pomme (GIE Pomme) constitue un exemple réussi de mise en commun des ressources à l’échelle intercommunale. Il gère les infrastructures de stockage frigorifique et la commercialisation collective, contribuant à stabiliser les revenus et à réduire la vulnérabilité des producteurs. De plus, plusieurs coopératives agricoles (miel, plantes aromatiques et médicinales) et coopératives féminines ont émergé avec le soutien de l’INDH (initiative nationale pour le développement humain) et de l’ANDZOA, renforçant la diversification économique, l’autonomisation des femmes et la valorisation des produits locaux.

Préservation des pâturages pastoraux

Dans certaines zones intertribales, des associations d’éleveurs se sont organisées pour maintenir la mobilité pastorale et préserver les agdals traditionnels. Ces initiatives, souvent soutenues par les autorités locales ou les services de l’ANEF, reflètent une tentative de restaurer l’équilibre entre l’agriculture irriguée et l’élevage pastoral.

Développement des oasis

Les programmes de l’ANDZOA visent la résilience écologique, la gestion durable des ressources naturelles et la valorisation économique des produits des oasis. Dans le Haut Atlas oriental, elle soutient notamment la restauration des infrastructures hydrauliques, la revalorisation des terres collectives et la promotion de la gouvernance locale.

Amélioration des conditions de vie

L'INDH finance régulièrement des projets communautaires visant à améliorer les conditions de vie, l'accès à l'eau potable, la promotion d'activités génératrices de revenus et la lutte contre la pauvreté rurale. Des dispositifs de coopération décentralisée et les ONG locales (programmes d'eau potable, micro-projets agricoles, tourisme solidaire) contribuent à la diversification économique et à permettre aux populations locales de rester sur place.

Soutien technique aux producteurs

L’ORMVAO et l’ONCA soutiennent les producteurs dans l’irrigation, la formation, et la valorisation des cultures fruitières.

Les innovations proposées par le projet MORFeuS

Ces innovations sont organisées autour de deux piliers stratégiques : la création d’un label territorial durable et une plateforme d'intelligence territoriale, complétées par des leviers techniques et institutionnels pour soutenir la transition Nexus.

La stratégie de labellisation proposée va au-delà de la logique traditionnelle des labels de terroir axés sur la qualité commerciale d’un seul produit. L’objectif est de mettre en place un projet collectif articulant des pratiques agricoles, pastorales, énergétiques et environnementales dans un cadre de durabilité partagé, destiné à guider les acteurs dans leur prise de décision. Sa richesse repose sur un processus de co-construction, une réflexion partagée sur ce qui constitue la valeur du territoire.

Cette approche est associée au développement d’une Plateforme d’Intelligence Territoriale, observatoire du territoire, outil de prospective et infrastructure qui fournira les données, indicateurs et réflexions nécessaires pour construire et suivre le processus de labellisation. Conçu dans un objectif politique et collectif, cet outil servira à orienter le territoire vers un modèle de gouvernance partagée pour le développement durable.

L'ambition de la plateforme est de créer un espace où les acteurs publics, professionnels, communautaires et scientifiques peuvent partager des informations, co-construire des diagnostics, planifier des actions coordonnées et suivre les effets de leurs décisions au fil du temps. Elle intégrera des données provenant de sources variées, d'enquêtes participatives, de capteurs environnementaux, de bases de données institutionnelles, d'imagerie satellite, ainsi que de données socio-économiques et foncières. La mise en lien des données provenant de différentes sources permettra de construire des indices composites, tels que des indicateurs de vulnérabilité de l'eau, de performance énergétique, de durabilité agroécologique ou de résilience socio-économique.