Le site de démonstration de l'Algarve Centrale - diagnostic Nexus

Le site de démonstration de l'Algarve Centrale - diagnostic Nexus

La première étape pour chaque terrain est d’établir une base analytique initiale pour une compréhension intégrée et partagée avec les acteurs du territoire des interactions, des synergies et des compromis entre les quatre composantes eau, environnement, énergie agriculture et alimentation, ainsi que des contraintes et des opportunités sur les différents sites.

La zone d'étude et ses ressources

L’Algarve centrale (1500 km2) est située à l’extrême sud du Portugal ; sa ville principale est Faro. Cette zone a été retenue car elle inclue (i) une zone littorale, des collines rocheuses (barrocal) et une chaîne de montagnes (serra), (ii) deux aquifères importants, (iii) et car elle présente une forte pression de population notamment touristique. La côte est densément peuplée, tournée vers les activités touristiques/de loisirs, et comprend des aires protégées. L’avocat et le citron y sont cultivés. Le barrocal est peu peuplé et principalement consacré à l'agriculture, avec la production d'oranges, d'avocats, d'amandes, de figues, de caroubes et d'olives. La serra est encore moins peuplée. Son relief est plus escarpé et plus boisé. On y pratique un peu de pastoralisme et une agriculture de subsistance : caroubes, amandes, figues, miel et arbousiers (« medronheiros »), dont les fruits servent aussi à produire de l’eau-de-vie. La population de la zone d’étude présente une tendance au vieillissement (Coordination Régionale du Développement de l’Algarve, 2020). Le taux de chômage était de 4,5 % en 2025 et de 4,2% en 2026 (Instituto Nacional de Estatística, 2025/2026). L’Algarve est la région du Portugal où la proportion de contrats à durée déterminée (CDD) est la plus élevée, ce qui entraîne un chômage saisonnier. Par ailleurs, le taux d’abandon scolaire avoisinait les 20 % en 2019 (CCDR Algarve, 2020).

L'eau : une ressource critique

L’eau est depuis longtemps une ressource déterminante en raison de sa rareté, ce qui explique que son usage soit réglementé. L’Algarve centrale est soumise à des pressions particulières : intrusion saline, concentration des activités économiques et densité de population. Ses ressources en eau proviennent d’une part des eaux souterraines, avec notamment les aquifères de Querença-Silves, le plus grand, et de Campina de Faro, et d’autre part des eaux superficielles, stockées dans les barrages d’Odelouca, de Funcho, d’Arade, de Bravura, d’Odeleite et de Beliche, qui alimentent le système régional d’approvisionnement. Les aquifères de Querença-Silves et Campina de Faro présentent un état quantitatif médiocre (APA, 2022), et celui de Campina de Faro un état chimique médiocre, avec des concentrations élevées en nitrates, ammonium et chlorures dans certains secteurs (Costa, 2022). Le dessalement, présenté comme une solution à la pénurie d'eau dans la région (Governo de Portugal. 2025), ne pourrait couvrir que 10 % de la consommation domestique annuelle actuelle. Sa faisabilité économique demeure une préoccupation majeure. De plus, la saumure produite, à forte concentration en sel, est rejetée dans l’océan et présente un danger pour les espèces marines. Outre les sels, elle contiendra également de l’aluminium provenant du pré-traitement effectué avant le processus de dessalement.

L’énergie : l’éolien et le photovoltaïque gagnent en importance

Bien que l’Algarve ne produise qu’une faible part de l’énergie renouvelable totale du Portugal, sa production a doublé depuis 2016 (Direção-Geral de Energia e Geologia, 2023). Une part considérable des centrales photovoltaïques se trouve en Algarve centrale. La production d’énergie éolienne est restée pratiquement inchangée dans l’ensemble de la région au cours des dix dernières années. Il n’y a pas de production d’énergie hydroélectrique en Algarve.

Au Portugal, la pression en faveur de grands parcs solaires et éoliens s’accroît, en particulier sur les terres non cultivées ou lorsque leur location pour la production d’énergie devient plus rentable que l’exploitation agricole. Le gouvernement portugais a simplifié les procédures d’autorisation des projets d’énergie renouvelable : dans les zones sensibles, les petits projets peuvent être dispensés d’étude d’impact environnemental et, dans les zones non sensibles, seuls les projets de plus de 100 ha y sont soumis (Brito, 2023). Cette tendance suscite toutefois de plus en plus de controverses, les opposants soulignant ses effets négatifs sur le paysage, l’identité du territoire, la santé des sols, la biodiversité, l’eau et l’économie locale (Brás et al., 2024 ; Wallace et al., 2025).

L'agriculture et l'alimentation: la production locale dominée par les avocats et les oranges

L'agriculture est le deuxième secteur d'activité de l'Algarve, après le tourisme, mais l'emploi dans ce secteur a reculé de 15,6 % entre 2014 et 2023 (EY Parthenon, 2025). Les oranges et les avocats représentent environ la moitié de la valeur ajoutée brute de l’agriculture en Algarve. Entre 2013 et 2023, la production de fruits subtropicaux a augmenté pour représenter 6 % du total des cultures. Les agrumes occupent 38 % des terres agricoles et les fruits à coque (caroube) 22 %.

L’agriculture biologique est en pleine expansion au Portugal ; elle représente 22,3 % des terres agricoles exploitées et occupait en 2023 la deuxième place au sein de l’UE en termes de proportion de terres agricoles consacrées à ce mode de production (PORDATA, 2025). En moyenne, les exploitations biologiques de l’Algarve s’étendent sur 11 hectares, et elles représentent 1 % des terres agricoles utilisées en Algarve, les pâturages, les cultures fruitières et les cultures arables constituant les principales activités.

Des écosystèmes fragiles et à protéger

Le tourisme, le logement, les transports et la production d’énergie renouvelable exercent des pressions croissantes sur le territoire. L'Algarve centrale comprend cependant plusieurs zones protégées selon la classification de l'ICNF (Instituto de Conservação da Natureza e Floresta). Les municipalités de Loulé, Silves et Albufeira ont également créé le Géoparc Algarvensis, classifié comme géoparc de l'UNESCO, dans le but de protéger le patrimoine géologique et de favoriser un développement socio-économique durable.

Les principales menaces pesant sur le territoire

La pénurie d’eau et la sécheresse constituent les principaux enjeux du nexus eau-agriculture/alimentation-écosystèmes, suivies par la pollution de l’eau. Plusieurs barrages affichent systématiquement des niveaux très bas ; les cours d’eau sont de faible débit, certains ne coulent que de manière saisonnière, et les deux plus grands aquifères sont soumis à une forte pression d’usage. La qualité des eaux souterraines est elle aussi menacée, à la fois par la pollution chimique d’origine agricole et par la salinisation liée à la surexploitation.

Les politiques consacrées à l’eau sont nombreuses dans la région et la sensibilisation du public est forte. Les résultats restent pourtant insatisfaisants. L’administration publique de l’eau n’a pas réussi à mettre fin à la multiplication des forages, dont certains sont illégaux. Elle a décidé de limiter la consommation d’eau dans la région : réduction de 15 % pour le secteur urbain (y compris le tourisme), de 25 % pour l’agriculture et de 18 % pour les golfs. Certaines de ces restrictions ont toutefois été assouplies après l’augmentation des ressources en eau due aux précipitations de l’hiver 2024-2025 (Revez, 2025). Les golfs, les entreprises touristiques et les grands exploitants agricoles ont amélioré l’efficacité de leur utilisation de l’eau, sans pour autant freiner l’épuisement des aquifères. Les solutions de haute technologie, comme l’approvisionnement depuis d’autres régions ou le dessalement de l’eau de mer, ne font pas l’unanimité et ne semblent pas rentables, en particulier pour les petits agriculteurs. Les autres enjeux sont la pression foncière (résidents, touristes, investisseurs dans les énergies renouvelables) et la dépendance alimentaire.

La multiplication des projets, la discontinuité des actions et le manque de financements publics provoquent lassitude et frustration chez les habitants et les porteurs de projets. La communication et la coordination entre organisations et entre projets sont manifestement difficiles. La méfiance, les luttes de pouvoir et les divergences de visions en matière de développement durable et d’opinions politiques opposent les différents acteurs. L’administration de l’eau est ainsi confrontée aux changements de politiques publiques et aux mesures contradictoires des gouvernements centraux en matière de politiques de l’eau et de l’environnement, pour la région comme pour le pays. Dans ce scénario, les associations de développement local jouent un rôle de médiation entre l’administration publique, les fonds européens, les agriculteurs et la population, en particulier dans les zones les plus reculées.

Les défis intersectoriels du territoire

La pénurie d’eau et la sécheresse exigent des actions et des décisions concertées entre tous les secteurs économiques et les acteurs locaux, un processus complexe et pour l’instant inachevé.

Le développement durable de l’agriculture régional doit garantir la qualité de l’eau et des sols, ainsi que l’approvisionnement local et régional. On observe aujourd’hui, d’un côté, l’expansion des fruits tropicaux et d’autres fruits très gourmands en eau, destinés à l’exportation et au tourisme et, de l’autre, une agriculture biologique et des projets d’agroécologie de petite ou moyenne taille, qui vendent leurs produits sur les marchés locaux mais aussi à l’exportation. Ces deux types d’agriculture ont des impacts très différents sur l’eau et les écosystèmes, mais aucun ne parvient réellement à assurer l’approvisionnement local, en raison des inégalités économiques et des circuits alimentaires longs.

La pression exercée par le tourisme sur le logement, les transports, l’eau, l’alimentation et les prix, l’instabilité liée à la saisonnalité des emplois des résidents, les inégalités et la faible cohésion sociale apparaissent également comme de grandes vulnérabilités.

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Les opportunités pour le territoire : des dynamiques et des acteurs pouvant contribuer à améliorer la résilience et la durabilité du territoire

L’Université de l’Algarve joue un rôle très actif dans la région. Ses recherches portent sur la transformation alimentaire locale et le régime méditerranéen, sur tous les aspects de la gestion de l’eau sur le territoire, ainsi que sur les écosystèmes et le budget participatif. Elle n’est toutefois pas encore parvenue à traduire ces acquis en politiques publiques. L’enseignement de l’agronomie perd même de son élan, faute d’un nombre suffisant d’étudiants motivés (licence d’agronomie non ouverte en 2025, absence d’enseignement et de recherche en agroécologie).

Les agriculteurs biologiques mettent en œuvre des pratiques comme le paillage et l’intégration d’animaux dans leur système de culture, et vendent leurs produits directement aux consommateurs sur les marchés locaux ou régionaux. Ils ont cependant des difficultés à écouler leurs produits à des prix équitables et sont confrontés à des contraintes liées à l’eau, au sol et à son travail. Ils contribuent à la diffusion de l’agriculture biologique en créant des potagers dans les écoles primaires et sont regroupés au sein d’une association d’une cinquantaine de membres, bien intégrée dans les réseaux agroécologiques locaux, régionaux et nationaux, qui organise des formations pour ses adhérents.

Quelques agriculteurs pratiquent l’agriculture régénératrice : agroforesterie, agropâturage, permaculture, plantation d’essences indigènes selon la méthode « keyline », restauration de la nature et du paysage, stratégies d’optimisation de l’infiltration de l’eau dans le sol. Certains organisent des formations sur ces thèmes. Rares sont toutefois les politiques et les projets qui ciblent explicitement ce mode de production.

Les circuits courts sont efficaces pour réduire le gaspillage alimentaire à plusieurs maillons de la chaîne (Belletti et Marescotti, 2020). Une stratégie régionale sur les circuits courts d’approvisionnement alimentaire pourrait redynamiser la production à petite échelle, en misant sur l’agroécologie régénérative, en améliorant l’accès à la terre, en renforçant les organisations collectives et en promouvant la production locale dans les cantines scolaires et auprès d’autres acheteurs. Un réseau régional d’agriculteurs favorisant les circuits courts est en cours de constitution dans le cadre du projet de partenariat régional « Revitalgarve », piloté par l’Université et la Coordination régionale de l’Algarve. Le projet comprend aussi d’autres volets, comme la promotion du régime méditerranéen et la création d’une marque régionale de produits locaux issus de l’agriculture durable.

À la suite des travaux menés conjointement dans le cadre du projet de recherche egroundwater, plusieurs parties prenantes du sous-système de Vale do Lobo de l’aquifère de Campina de Faro ont signé en 2024 un accord officialisant leur volonté commune de mettre en place une gestion participative entre les autorités et les usagers, afin d’assurer la protection et la restauration de l’aquifère. Cet accord n’a pour l’instant pas été suivi d’effets.

L’ICNF (Institut de conservation de la nature et des forêts), chargé des aires protégées et des forêts, a vu ses moyens financiers et humains diminuer au cours des dernières décennies. Il se dit toutefois prêt à collaborer avec l’Université et d’autres acteurs du territoire.

Les municipalités sont conscientes de l’importance des enjeux et motivées pour agir. Elles souffrent d’un manque de personnel, d’un personnel peu formé aux changements nécessaires, de structures internes hiérarchiques et rigides et de changements politiques constants. Elles sont toutefois regroupées au sein d’une association intercommunale, l’AMAL, qui joue un rôle positif dans leur coordination. Leur travail dans l’organisation des marchés locaux est efficace.

Références

APA, 2022. Plano de Gestão de Região Hidrográfica 3º ciclo 2022-2027. Ribeiras do Algarve (RH8). Parte 2 – Caracterização e Diagnóstico. Volume A. Available at https://apambiente.pt/agua/3o-ciclo-de-planeamento-2022-2027 Accessed October 16, 2025.

Wallace R., Schwemmlein K., Batel S., 2025. Solar industrialization, ‘sacrifice zones,’ and new environmental movements: emerging discourses of commonality and critique in Portugal’s energy transition. Sustainability Science 20, 1293–1312. https://doi.org/10.1007/s11625-025-01661-3

Belletti G., Marescotti A., 2020. Short food supply chains for promoting local food on local markets. UNIDO United Nations Industrial Development Organization.

Brás O., Ferreira V. Carvalho A., 2024. People of the sun: Local resistance and solar energy (in)justice in southern Portugal, Energy Research & Social Science, Volume 113.

Brito A. 2023. Governo incentiva empresas a instalarem centrais solares menores em zonas sensíveis. Público. https://www.publico.pt/2023/02/10/economia/noticia/governo incentiva-empresas-instalarem-centrais-solares-menores-zonas-sensiveis-2038409,

Coordination Régionale du Développement de l’Algarve, 2020. Algarve 2020-Algarve 2030: Estratégia de desenvolvimento regional. 

Costa, L. 2022. Numerical modelling applied to the understanding of groundwater flow and mass-transport in south Portugal - a perspective of regional hydrogeological problems affecting groundwater status. PhD Thesis. University of Algarve.

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EY Parthenon. 2025. Avaliação Económica da Agricultura Algarvia. Relatório final preliminar. https://www.CCDRAlgarve-alg.pt/site/sites/default/files/inline files/2025082    

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Revez I., 2025. Governo garante nova barragem no Algarve e levanta restrições à abertura de furos. Público. https://www.publico.pt/2025/07/04/azul/noticia/governo-garante-nova-barragem-algarve levanta-restricoes-abertura-furos-2139079